[Récit] Révérence et Solidarité

Lorsqu’il passa le porche, aveuglé par la lumière du jour faisant suite à la pénombre du temple, il mit un moment avant de se rendre compte que six chevaliers lui faisaient une haie d’honneur. Son cœur fit un bond… leur présence ici, en ces circonstances, ne pouvait signifier qu’une seule chose. Sa dévotion et la prononciation de ses vœux avaient fait des émules. Il allait avoir des compagnons de route, qu’il le souhaite ou non. Sa quête ne serait pas solitaire, mais de groupe. C’était un évènement rare… ses six chevaliers-suivants allaient prononcer leurs vœux de soutien immédiatement après lui. Il ressentit un mélange de fierté, de soulagement et de déception en ingérant l’information. Fierté d’avoir été un modèle et d’avoir déclenché des élans de dévotion pour sa mère chez d’autres que lui. Soulagement de savoir qu’il n’allait pas être rongé par la solitude, mais déception que cette quête — sa quête — ne serait plus tout à fait la sienne à part entière. Il ressentit également une pointe de jalousie, à l’idée qu’il n’était pas le seul à chercher Mère, et à l’idée que de nombreux, avant lui, depuis Gilles, avaient reçu sa bénédiction.

Ses yeux se réhabituant peu à peu à la lumière, il détailla les visages des six hommes en armure d’apparat. Deux d’entre eux étaient de ses proches : Messire Jolinard, avec qui il avait partagé une bonne partie de son enfance. Fils de Gontrand Jolinard, mort à la bataille de Clairbois face aux peaux-vertes, il avait été pupille du Duché, et faisait donc pratiquement partie de la famille de Grégoire. En face de lui se tenait Monsieur de Moussac, un vétéran qui n’avait pas eu une vie très exaltante, et cherchait probablement autant le frisson de l’aventure qu’une pommade atténuant l’échec de sa vie. Grégoire ne connaissait pas les deux visages suivants. L’un des deux hommes semblait riche, au vu des étoffes exotiques et travaillées qu’il arborait, tandis que l’autre avait tout d’un courtisan de Couronne, guindé et dont l’armure de bataille avait tout l’air d’être aussi chargée de fioritures que sa propre armure d’apparat.

Parmi les deux derniers hommes, il connaissait le visage et le nom d’un seul : celui que l’on surnommait le Palefrenier. Amoureux des chevaux, il disposait d’un troupeau complet de pur-sang. Lorsqu’il n’était pas occupé par ses affaires d’État, il les élevait et faisait commerce des poulains et des saillies. C’était un homme complet, que la passion et le travail avaient rendu riche.

Grégoire ne connaissait pas le dernier homme, mais il lui devinait un esprit troublé et une histoire en dents de scie. Il ne s’attarda pas à faire connaissance, et continua à marcher vers la foule, tandis que dans un concert de cliquetis huilés, les six hommes entrèrent dans le temple pour y prononcer leurs vœux.

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