Au fil des années, la triste renommée d’Ulfrik avait grandi, et les rumeurs de ses méfaits s’était répandue bien loin de ses terres de sévices. La troupe avait son entrée dans le Codex des Dangers de l’administration d’Altdorf, une Rancune à Karaz-a-Karak pour avoir occis un nain tenancier d’une auberge, et on racontait cette histoire jusqu’à Kislev lors des veillées dans les troupes du nord.
La rumeur se portât jusqu’à Norsca, et aux oreilles de Varat Mirlson, alors jeune et en pleine recherche de gloire et de distinction. Sa quête le mena à partir battre la campagne dès qu’il fut assez fort pour se défendre seul. Il partit d’abord pour le nord, où par ses hauts faits il fut adopté par une tribu voué au Père des Pestes. Il n’y chercha pas la domination, mais plutôt la reconnaissance de ses exploits, allant chasser le troll à l’aide d’un poignard, ou le mammouth à coup de lances suintantes. Il fut adulé par les autres membres de la tribu, et désigné Protecteur du Khan. C’était bien évidemment un titre honorifique, tant parce qu’il était plus souvent en vadrouille qu’au village que parce que les gardes authentiques, s’ils le révéraient pour ses hauts faits, ne tolérait pas l’ingérence dans leur mission.
C’est finalement le devin du village qui trouvait dans Varat un rival indésirable. Il fut auparavant la seule autorité influente, et depuis que cet étranger était venu au village, ses ouailles se détournait de la Voie des Vers pour écouter les promesses de gloire du colosse. C’est désormais lui qui décidait quelles seraient les prochaines expéditions, lui qui décidait quel créature devait être occises. Et lorsqu’il ne décidait pas et partait seul en chasse, nombreux étaient ceux qui le suivaient malgré tout, n’écoutant pas les prédictions alarmistes du devin. Il conçut alors un plan pour l’éloigner, et falsifia ses divinations pour lui promettre une gloire éternelle s’il partait au sud. Il organisa un conclave des sages, et avec une mise en scène extravagante, révéla les rumeurs qu’il entendait venir des terres du sud. Elles parlait d’une petite troupe errante de chevaliers vaillants voués à la même Puissance que Varat et le clan, qui par leurs exploits faisait résonner les spires de l’Ether.
Il enjoliva grandement les rumeurs, qui pour tout dire, parlait juste de quelques cavaliers semant la vie en même temps que la mort. Il ne savait pas en quoi consistait leurs actions, ni même s’il étaient encore en action où si leur renommé s’était bâtie sur quelques jours d’exploits, brillants mais fugaces comme un météore. Il avait perdu l’écoute des villageois, mais il n’avait pas pour autant perdu son éloquence ni son pouvoir de persuasion. Il mit tout en œuvre ce soir là, et réussi à convaincre Varat que s’il allait, il reviendrait un jour pour irradier toutes les terres noires de son aura de gloire.
Varat mis six mois à partir. Il prépara son odyssée méticuleusement, et sur les conseils d’un autre oracle, fit faire une copie du seul livre de son clan. C’était les annales du village, qui comptait ses hauts faits depuis sa fondation. Il avait en effet entendu dire qu’Ulfrik avait pour lubie la collection de ces objets de savoir. Il mis également ce temps à profit pour compléter son tableau de chasse de quelques monstres qui lui faisait cruellement défaut. Sa réussite dans ces duels titanesques lui fit croire que sa destinée venait de se révéler à lui, et c’est assuré et plein de vigueur qu’il prit la direction des terres du Sud à la tête d’une galère et d’une dizaine d’hommes qui s’étaient depuis longtemps détachés de l’autorité du Khan pour jurer allégeance à Varat uniquement.
Leur voyage dura longtemps, ramant avec vigueur, chassant la baleine pour manger, et laissant trainer leurs carcasses flottantes en offrandes pour s’assurer d’arriver à bon port. Ce seul voyage méritait de figurer parmi les annales de leur village, car ils atteignirent sains et saufs les terres du roi Louen. Leur arrivée ne se passa pas sans fracas : ils accostèrent à proximité d’un village de paysans, et leur apparence effrayante fit fuir ceux-ci jusqu’à la plus proche bourgade dotée d’une milice. Varat et ses hommes, qui ne s’intéressait pas pour le moins du monde à ces paysans mangeur de poisson, prirent la direction opposée après une courte échauffourée avec les gros bras du villages.
Ils mirent une bonne année à trouver Ulfrik et sa troupe. Ils les découvrirent en train de battre la campagne, juchés sur leurs destriers, le chef de la troupe se promenant sur une créature insectoïde géante, avec une bibliothèque sur son dos. C’est la première fois que les nordiques voyaient autant de livres rassemblés au même endroits… Ulfrik devait en effet être très puissant, car le gardien du registre, chez eux au loin, était parmi les personnes les plus importantes du village.
Varat se présenta à lui, demanda à ce qu’il les accepte dans sa suite, et lui fit don, quoi qu’il en soit, de l’ouvrage qu’il avait ramené par delà les mers salées. Ulfrik descendit de sa monture, rejoint par un chevalier monté sur un destrier au riche caparaçon noir blanc et or, qui ne pris, lui, pas la peine de descendre de monture ni d’ôter son heaume. Le sorcier corpulent, descendu de sa monture soulagée, fut intrigué par ce groupe, et leur demanda de se présenter plus en avant. Le fait que l’on parle de lui jusqu’aux contrées de Norsca ne l’émut pas, car la renommée lui importait peu. Il fut par contre très touché par le présent que Varat lui avait ramené. C’était un ouvrage doté de peu d’intérêt en soi-même, encore qu’il était riche en anecdotes intéressantes, mais il s’agissait surtout d’un ouvrage pratiquement unique. Et cela n’avait pas de prix, au temps des moines copistes d’Altdorf et de Bordeleau, pour qui un ouvrage unique devenait un livre grand public en quelques années. Il le plaça dans sa bibliothèque, hésitant longtemps entre la rangée des livres rares et celle des livres historiques, pour finalement le ranger dans les curiosités, tout proche de ses livres vivants.
Varat et ses suivant furent accepté, heureux, mais intrigués. Si la troupe avait une certaine prestance, il manquait la gloire qu’on leur avait promise. Ils ne semblaient pas outre mesure la rechercher, se contentant d’objectifs plus pragmatiques, comme chasser leur prochain repas, piller à l’occasion. Leur seul objectif fut pendant longtemps un jeu de chat et souris sadique avec un autre chevalier. Durant toute cette période, Varat et sa suite prenaient régulièrement des libertés avec le gros de la troupe pour aller chasser du gibier plus imposant que du lapin ou du sanglier.
Puis, lorsque le sort de leur rival fut scellé, la troupe dénuée d’objectif passa un temps à suivre les suggestions de Varat, et ajoutèrent de nombreuses bêtes à leur tableau de chasse. Le clou de leur collection était un monstrueux Jabberslythe, qui terrorisait une forêt et les villages alentours. Villages dont les habitants n’avaient jamais compris pourquoi cette troupe maudite les avait un jour libéré de la bête, et le lendemain pillé et occupé un village jusqu’à ce que les troupe de la cité les en déloge.
Varat tira son surnom d’un magnifique quiproquo avec un bouseux à moitié sourd qui s’était joint à la troupe. À son arrivée, Varat et Ulfrik discutaient du meilleur moyen de contourner une forte armée en campagne qu’ils avaient aperçut au loin, et qu’il leur fallait éviter sans perdre trop de temps. Varat, montrant de la main l’armée dont le nuage de poussière était visible au loin, dit à Ulfrilk que les troupes allaient vers l’Est, du moins le gros.
Le paysan, le prenant pour le chef de troupe, interprétant mal le geste, et ayant entendu la moitié des syllabes, lui tendit la main en disant « Ench-ch-chanté m’sieur Hernest’ le Gros, j-j’suis Bastien, mais tout l’mond’ m’appel’ le Bègu’. » Ulfrik était alors partit d’un grand rire, et avait entériné ce surnom d’Hernest’ le Gros dès le repas du soir, en racontant l’anecdote à tout le monde. Bastien fut applaudit, bien qu’il ne compris pas trop pourquoi, et toléré au sein du groupe. Son problème d’élocution et sa semi-surdité étaient souvent source de quiproquos et de fou-rires moqueurs, mais il était plutôt bon archer, ce qui manquait cruellement à Ulfrik parmi ses suivants.